On en parle peu, et pourtant elle concerne un grand nombre de personnes âgées. La sécheresse
buccale, ou xérostomie dans le vocabulaire médical, est bien plus qu’un simple inconfort. Elle peut
altérer la qualité de vie, fragiliser les dents et les gencives, et passer inaperçue pendant des années.
En parler, c’est déjà aider.
Notre cabinet, dont l’activité est dédiée à la parodontologie, est régulièrement confronté aux
conséquences de la sécheresse buccale sur la santé des gencives et des tissus de soutien des dents.
C’est pourquoi ce sujet nous tient à cœur, au sens propre comme au figuré.
Qu’est-ce que la sécheresse buccale ?
La salive joue un rôle que l’on sous-estime souvent. Elle humidifie la bouche, facilite la mastication et la
déglutition, protège les muqueuses, neutralise les acides, et constitue une véritable barrière contre les bactéries et les infections.
Quand elle vient à manquer, c’est tout un équilibre qui se fragilise.
On parle de sécheresse buccale lorsque les glandes salivaires ne produisent plus suffisamment de
salive. La sensation est celle d’une bouche collante, sèche, parfois douloureuse. Parler devient moins confortable, avaler certains aliments devient difficile, et le goût peut se modifier.
Pourquoi les personnes âgées sont-elles davantage concernées ?
Le vieillissement en lui-même n’est pas directement responsable d’une baisse de la production
salivaire. En revanche, plusieurs facteurs qui accompagnent souvent l’avancée en âge le sont.
La prise de médicaments est la première cause de sécheresse buccale chez les personnes âgées.
Antihypertenseurs, diurétiques, antidépresseurs, antihistaminiques, médicaments contre la maladie de
Parkinson ou la vessie hyperactive : des dizaines de molécules courantes ont cet effet secondaire, souvent mal connu des patients.
Et quand plusieurs traitements se cumulent, ce que l’on appelle la polymédication, le risque augmente encore.
Les maladies chroniques jouent également un rôle important. Le diabète, le syndrome de Sjögren (une
maladie auto-immune qui cible les glandes salivaires et lacrymales), certaines pathologies
neurologiques ou rénales peuvent toutes entraîner une sécheresse buccale plus ou moins marquée.
La déshydratation, fréquente chez les personnes âgées qui ressentent moins la soif, aggrave la
situation. La respiration buccale, souvent liée à des problèmes ORL ou à des apnées du sommeil, est
également en cause. Et les traitements par radiothérapie de la sphère tête et cou, dans le cadre de certains cancers, peuvent endommager durablement les glandes salivaires.
Les conséquences sur la santé bucco-dentaire
Sans salive en quantité suffisante, la bouche se défend moins bien. Les bactéries prolifèrent plus
facilement, ce qui favorise les caries, même chez des personnes qui n’en avaient jamais eu. Les
muqueuses s’irritent, des mycoses buccales (candidoses) peuvent apparaître, et la mauvaise haleine devient persistante.
Du côté des gencives, la sécheresse buccale est un facteur aggravant reconnu de la parodontite. La
salive joue normalement un rôle protecteur sur les tissus parodontaux : quand elle manque, l’environnement buccal devient moins favorable à leur santé.
Le port d’une prothèse dentaire devient aussi plus difficile et inconfortable, les muqueuses n’étant plus suffisamment lubrifiées.
Ce que l’on peut faire concrètement
La bonne nouvelle, c’est que des solutions existent, et qu’une prise en charge adaptée peut vraiment améliorer le quotidien.
En premier lieu, il est utile de faire le point avec son médecin traitant sur les médicaments en cours.
Certains peuvent être substitués ou ajustés sans compromettre le traitement principal.
Au quotidien, boire régulièrement de petites quantités d’eau tout au long de la journée aide à maintenir
une certaine humidité buccale. Les substituts salivaires, disponibles en pharmacie sous forme de
sprays, gels ou bains de bouche spécifiques, peuvent apporter un soulagement réel. Les chewing-gums sans sucre et les pastilles à la xylitol stimulent quant à eux la production naturelle de salive.
Une hygiène bucco-dentaire rigoureuse est d’autant plus importante : brosse à dents souple, dentifrice
fluoré, brossettes interdentaires, et consultation dentaire régulière. Des produits adaptés à la
sécheresse buccale existent aujourd’hui et peuvent être recommandés par votre chirurgien-dentiste ou parodontologue.
Enfin, éviter l’alcool, le tabac, les boissons caféinées et les aliments très salés ou très acides contribue à limiter l’aggravation des symptômes.
La sécheresse buccale n’est pas une fatalité liée à l’âge.
Bien identifiée et bien prise en charge, elle peut être soulagée durablement.
L’essentiel est d’en parler, à son médecin comme à son dentiste.